Eeyou Istchee Baie-James vu par le photographe J-A Dupont
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J'ai parcouru de longues distances pour aller à la rencontre de la faune.
L'Afrique et ses plaines ouvertes. Le Costa Rica et ses forêts denses et vibrantes. L'Ouest américain et ses immensités minérales. Chaque fois, le voyage commence bien avant la première image, dans le déplacement lui-même, dans cette lente transition intérieure qui s'opère quand on quitte le connu.
Et pourtant, en prenant la route vers Eeyou Istchee Baie-James, j'ai ressenti quelque chose de différent. Ce voyage, au cœur de mon propre pays, m'apparaissait comme une aventure plus vaste encore.
J'ai choisi la route consciemment. Non pas pour économiser un vol ou par simple goût du bitume, mais parce que je sentais que c'était la meilleure manière d'entrer progressivement dans un territoire que je ne connaissais pas. Rouler vers le Nord, c'est accepter de ralentir. Les kilomètres s'étirent, les stations se raréfient, les paysages se simplifient. On sort peu à peu du monde des horaires serrés, des notifications et des certitudes. Le silence s'installe. Le regard change.
Renard roux | Radisson
Entrer en Eeyou Istchee par la route
À mesure que je montais, l'anticipation grandissait. J'allais vers Eeyou Istchee, la Terre du peuple cri. Un territoire immense, habité, vécu, transmis depuis des générations. J'avais évidemment hâte d'y découvrir la faune, d'observer les oiseaux, de scruter les rivages et les étendues d'eau. Mais j'avais tout autant envie de comprendre le territoire à travers celles et ceux qui y vivent, qui le parcourent, qui en connaissent les rythmes.
Ce voyage ne se présentait pas comme une simple expédition photographique. Je savais déjà qu'il allait me sortir de ma zone de confort. Que je devrais accepter de ne pas tout contrôler. De composer avec la météo, les distances, les imprévus. De me placer davantage en position d'écoute qu'en position d'action.
Plus on avance vers le Nord, plus le territoire impose ses règles. La faune, ici, ne se donne pas comme dans les destinations que l'on associe spontanément au safari ou à l'abondance spectaculaire. Elle est présente, mais jamais acquise. Elle se devine, elle surgit par fragments, elle accompagne le paysage plutôt qu'elle ne le domine. Oiseaux marins, caribous, renards, grands rapaces font partie du décor au même titre que le vent, la lumière crue, les nappes de brouillard ou les variations soudaines du ciel.
C'est le territoire qui mène la danse.
Tétras du Canada | Wemindji
Goéland à bec cerclé | Rivière La Grande
Nibiischii : observer au rythme de l'eau
Avant d'atteindre la baie, j'ai fait halte dans un vaste pays d'eau et de roches, au nord de Chibougamau. La réserve faunique Nibiischii marque une transition importante dans le voyage. On y entre comme on change de tempo. Ici, l'eau est partout. Lacs, rivières et baies intérieures structurent le paysage et dictent les déplacements. Le territoire est immense, mais jamais vide. On sent qu'il est habité, pensé, géré avec attention.
J'y ai passé quelques jours, installé sur un chalet flottant, littéralement entouré d'eau, de lumière et de silence. Les journées commençaient tôt. Dès l'aube, l'activité s'installait doucement. Sur un îlot rocheux, une colonie de sternes animait l'espace, les adultes filant sans relâche au-dessus du lac pour nourrir leurs petits. Plus loin, des hérons occupaient la cime des conifères, se posant avec une lenteur presque cérémonielle. Une pygargue, surveillée par un grand corbeau, observait la scène depuis les hauteurs. Sur les sentiers, quelques gélinottes se laissaient surprendre, confiantes, presque curieuses.
À Nibiischii, tout se joue dans la durée et l'attention. Les journées s'étirent naturellement, sans urgence, et l'observation devient une pratique calme, presque méditative. On apprend à regarder longtemps, à laisser le territoire se raconter à son rythme. Un soir, à l'heure bleue, un plongeon solitaire a glissé sur le lac immobile. Une scène épurée, d'une grande force. Ici, la photographie n'est pas une prise, mais une rencontre. Une manière d'être pleinement présent à ce qui se donne.
Plongeon Huard | Lac Waconichi - Nibiischii
Wemindji et la baie James : naviguer au rythme cri
En poursuivant la route vers le nord, l'impression de basculer encore s'est accentuée. Les distances s'allongent, les villages deviennent plus espacés. À Wemindji, sur la rive de la baie James, j'ai été accueilli avec une générosité et une simplicité qui laissent une trace durable. Ici, le lien au territoire est direct, quotidien, vécu.
J'y ai rencontré les capitaines de Wiinipaakw Tours Solidarity COOP, des hommes de mer, des passeurs de baie. Avec eux, j'ai compris que naviguer dans ces eaux ne relève pas seulement de la technique. Il faut savoir lire le vent, accepter la houle, respecter les décisions de la mer. Sur plusieurs sorties prévues, certaines ont été annulées. Une seule demi-journée en mer a finalement été possible. Et cette contrainte a donné toute sa valeur au moment vécu.
Sur l'eau, entre les îles et les rivages battus par le vent, la faune s'est révélée par touches. Un groupe de caribous sur une île lointaine. Des oiseaux en chasse. Des silhouettes qui rappellent que ce territoire demeure farouche, mobile, indomptable. La lumière était dure, vibrante, typiquement nordique. Peu importait. Nous étions là, pleinement présents.
Caribous | Baie-James
Chisasibi et Radisson : la faune aux marges du quotidien
Plus au nord encore, j'ai roulé jusqu'au bout de la route carrossable, à Radisson. Ici, la faune se glisse jusque dans les marges du quotidien. Les renards circulent librement, parfois à proximité des habitations. La frontière entre le sauvage et l'habité semble plus poreuse, plus assumée.
Un soir, alors que j'espérais croiser un loup, c'est un jeune renard qui s'est présenté. Curieux, joueur, presque complice. J'ai pris le temps de reculer, de lui laisser l'espace, d'attendre la lumière. Le moment s'est construit lentement, sans urgence. C'est souvent ainsi que le Nord offre ses plus belles scènes.
Depuis Radisson, j'ai fait un détour vers Chisasibi. Le site du High Ground, aménagé comme zone de repli pour la communauté, offre aujourd'hui de beaux sentiers. On y marche calmement, entre forêt et rivière, et la faune se laisse parfois approcher. Oiseaux boréaux, lièvres, traces discrètes au sol. Sur la route menant au site, un nid de balbuzard perché sur un poteau rappelle l'attention portée à la cohabitation avec le vivant.
Au bout de la pointe, face à la rivière La Grande, le paysage change au rythme des marées. L'eau monte, se retire, découvre des îlots temporaires où s'activent sternes et oiseaux du littoral. Le territoire se transforme sous nos yeux. Rien n'est figé.
Le Nord ne se consomme pas
En quittant Eeyou Istchee Baie-James, une certitude s'est imposée. L'aventure ne tient pas à la distance parcourue sur un globe. Elle tient à la manière dont on entre dans un territoire. À l'humilité que l'on accepte d'adopter. À la place que l'on laisse à l'inconnu.
Je sais déjà que je vais revenir. Souvent. Par la route, encore. Parce que ce Nord-là ne se consomme pas. Il se découvre lentement, par couches successives. Et parce qu'à chaque retour, je sens que ce n'est pas seulement le territoire que j'explore, mais aussi mes propres limites, mes attentes, ma façon d'être présent au monde.
Balbuzard pêcheur | Chisasibi
Sterne pierregarin | Rivière La Grande
Jacques-André Dupont
https://www.jadupontphoto.com/
Photographe animalier basé en Estrie, Jacques-André Dupont a été publié dans National Geographic, Canadian Geographic et Paris Match. Son travail, exposé de Montréal à Tokyo, met la beauté du monde sauvage au service de la conservation.
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